Loi Alimentation

Finie, la guerre des prix ?

Adoptée en octobre 2018 suite aux « Etats Généraux de l’Alimentation », la Loi Alimentation avait l’ambition d’équilibrer les relations commerciales dans le secteur agricole et alimentaire en écrivant dans la loi, entre autres mesures phares, la prise en compte des coûts de production dans le prix des produits agricoles. Après deux années de mise en œuvre, le bilan est plus que mitigé.

En lait d’abord. Un prix prenant en compte les coûts de production, dont la rémunération de l’éleveur, se situe au moins à 39 centimes d’euros par litre. En 2020, comme depuis 2015, le prix payé au producteur reste désespérément autour de 32 centimes. 

En viande également, la situation est loin d’être satisfaisante avec des prix très bas alors que la consommation française est dynamique. 

Que se passe-t-il ? C’est la question que les responsables de la FDSEA et des JA iront poser à quelques grandes surfaces de l’agglomération ruthénoise. Il nous semble que les GMS ont passé une bonne année 2020, elles vont certainement pouvoir maintenant engager un retour de la valeur vers les producteurs, n’est-ce pas ? 

 

Dossier de presse

Indécente, la grande distribution

+ 1,8 %

C’est le chiffre d’affaires de la grande distribution en 2020, quand l’ensemble des autres secteurs ou presque a vécu une année noire. Un résultat exceptionnel au regard de la catastrophe économique qu’a été 2020. 

+ 600 millions d’euros

C’est le montant qu’elle a gagné en plus depuis deux ans grâce à l’application d’une autre mesure phare de la Loi Alimentation, le « relèvement du seuil de revente à perte », lui interdisant de brader les produits alimentaires. 

Après cela ? Eh bien la grande distribution rouvre la guerre des prix et demande aux producteurs et aux transformateurs agricoles et alimentaires d’accepter de nouvelles baisses. Indécence.

Clairement, la grande distribution a bien les moyens d’engager un retour de la valeur vers la production. 

Ce que dit la loi : « prendre en compte les coûts de production »

Adoptée en octobre 2018 suite aux « Etats Généraux de l’Alimentation », la Loi Alimentation avait entre autres mesures phares, imposé la prise en compte des coûts de production, dont la rémunération de l’éleveur, dans le prix des produits agricoles. C’est une avancée notable et très importante pour les agriculteurs. Il est plus que temps, maintenant, de faire appliquer la loi. 

En lait ? 

Selon l’interprofession laitière, un prix du lait prenant en compte les coûts de production, donc respectant la loi, doit se situer à plus de 39 centimes par litre. Le constat, moyenne du prix de base d’un litre de lait entier : 

  • 2010-2013 : 32 centimes
  • 2014 : 36 centimes, année exceptionnelle
  • 2015-2017 : 32 centimes
  • 2018 : 32 centimes, année de promulgation de la loi,
  • 2019 : 33 centimes, année de mise en œuvre de la loi,
  • 2020 : 32 centimes.

Pour la filière laitière, en 2020, cette loi aura permis d’éviter une nouvelle baisse du prix. C’est une bonne chose. Mais il faut maintenant engager la remontée des prix, la situation financière des distributeurs doit le permettre. 1 centime de plus payé pour 1 litre lait, c’est 2 mois de salaire pour un éleveur laitier.

En viande ? 

Le prix du broutard a perdu 42 centimes par kilo depuis juillet 2020, soit 150 € par animal. En veaux gras, la situation est aussi très alarmante : - 15 à - 30 centimes par kilo par rapport à l'année dernière selon les âges et les catégories. Pour une ferme moyenne, cela représente l’équivalent d’un salaire. C’est insupportable. Et ça l’est d’autant plus qu’en face, les marchés se portent bien et la consommation, entre + 1 % et + 3 % en France, est dynamique. 

Arrêter l’hémorragie

Depuis 2015, l’Aveyron a perdu près de 400 fermes laitières, environ 800 éleveurs. 1 200 fermes laitières en 2015, 800 aujourd’hui. Pourquoi ? Etre éleveur, c'est une présence humaine tous les jours de l’année, tous les dimanches et tous les jours fériés. Cette astreinte doit être rémunérée pour conserver les producteurs et pouvoir recruter des salariés.

Il faut arrêter l'hémorragie sur la perte des producteurs de lait. Il faut éviter celle des producteurs de viande. Il est important qu'un territoire préserve une agriculture diversifiée, qui se complète et qui s'équilibre. C'est un enjeu territorial qui concerne plus que les éleveurs, les emplois du secteur agricole dans leur ensemble.

La grande distribution doit respecter la Loi Alimentation.